Une femme forte
Je suis une femme forte, ou pas. Je suis en train de pleurer, seule, dans la voiture. Entre deux endroits où je devais me trouver ou me rendre. Deux endroits où les gens s’attendent à me voir heureuse, souriante et de bonne humeur. Je ne peux pas pleurer, je dois me montrer à eux, telle qu’ils souhaitent me voir. Telle qu’ils me connaissent: la femme sûre d’elle, souriante et débordante d’énergie. Celle qu’ils aiment, celle qu’ils supportent, celle qui les fait rire. Je ne peux pas pleurer mais les larmes coulent, les souvenirs et mauvaises pensées surgissent à nouveau.
En fait, ils ont toujours été là mais des éléments récents de ma vie les font ressurgir, alors qu’ils étaient bien cachés, bien enfouis. Ils étaient bien là où ils étaient. Je n’ai pas été les chercher, je n’ai pas demandé après eux. Mais ils sont là et ils se croient les bienvenus. Et pourtant non. Ils forment ainsi des jours de pluie.
Je fais partie de ces personnes. Ces personnes qui sourient face à vous, comme si elles n’avaient jamais souffert. Celles qui vous offrent le soleil tout en portant, au fond d’elles, les jours de pluie.

Jamais à la question “ça va?”, on vous répondra: “Non, ça ne va pas trop en ce moment”. On vous répondra: “Oui et toi?” Parce que, pour nous, ça va toujours. Peu importe la situation, on s’en sortira toujours. Donc, on ne va pas vous embêter, on ne va pas vous présenter la version triste de nous, on va la garder pour nous. On va endurer les situations tristes de la vie, les unes après les autres. Et un jour, les émotions seront trop nombreuses et le vase d’émotions va déborder. Et on va le laisser déborder, en étant seul. Personne ne doit nous voir pleurer. Ce n’est pas cette version là de vous que les gens aiment. Car, pour eux, vous êtes un roc, un géant, un être invincible, indestructible.
Vous êtes vous et pas une version fragile et impuissante de vous. Pour mes amis, je suis la femme forte, indépendante, qui n’a besoin de personne. Je suis aussi la folle, la déjantée, celle que l’on repère en soirée, qui va mettre l’ambiance et qui va offrir des cadeaux loufoques. Je suis aussi la délurée et la femme sincère mais maladroite avec, de temps en temps, deux mains gauches mais aussi un franc-parlé qui peut parfois déranger.
Je suis moi et lorsque je les vois, je vais mieux. Mes amis me font du bien alors pourquoi je leur montrerai la triste version de moi? Ils n’y auront jamais droit, ils ne méritent pas ça, pas du tout. Ils m’auront moi, comme ça et pas autrement. Car je les aime vraiment et je ne veux pas les encombrer avec mon côté navrant.
Alors, je pleure, dans la voiture, seule. En imaginant toujours ce qu’il pourrait arriver de pire. Parce que le pire arrivera, un jour. Et je pense que j’ai plutôt intérêt à m’y préparer. Parce que le jour-J, je vais tomber des nues, je vais m’effondrer et personne ne saura me relever. à part moi, c’est un travail sur moi que je devrais faire et qui sera très complexe. Je pense bien que je serais inapprochable pendant un bon moment. Je serais de très mauvaise compagnie. J’espère que mon entourage comprendra. Je les mettrais au courant de la situation, bien sûr, mais je n’aurais aucun besoin de leur soutien. Je ne saurais quoi en faire ni comment l’accueillir.
Ne me soutenez pas, ne compatissez pas, c’est mon rôle ça. Soyez compréhensifs, vous ne voudriez pas me voir ainsi. Et je ne veux pas que vous me voyiez ainsi. Alors, restons en là et laissons les larmes couler le long de mes joues, atterrir sur le siège de l’auto et sécher dans la voiture. Ces trajets peuvent être perçus comme réparateurs.

Car, lorsque je sors de la voiture, une fois arrivée à l’autre lieu où je devais me rendre, je souris. La pluie est passée et le soleil est de retour. Je vous offrirai le soleil et je garderai les jours de pluie pour moi, toujours. Vous ne devez pas les voir, pas les vivre, c’est mon problème. A moi de gérer. En attendant, le soleil aux lèvres, je veux savoir qu’en est-il de vous, de ce qu’il se passe dans vos vies et surtout, que va-t-on boire en se racontant tout ça? D’ores et déjà, je vous dis “Santé!”