Un éternel recommencement
Qui a dit aux mauvaises herbes de pousser ? Pas moi en tout cas, je vous le jure. Pourquoi poussent-elles d’ailleurs ? Pourquoi viennent-elles plus vite en fleurs, avec leur semences, que les salades ou les plans de tomates?

Je n’y comprends rien! J’arrache une mauvaise herbe dans les graviers le mardi et il en revient trois le lendemain plus ou moins à la même place. Déjà, pourquoi cela pousse-t-il dans les graviers ? Dans les beaux graviers qui sont bien souvent blancs et qui se trouvent devant la maison, pour la décorer et la rendre plus jolie et plus agréable. Pourquoi les mauvaises herbes poussent-elles déjà, et pourquoi à cet endroit-là? Je les arrache et elles reviennent de plus belle, elles me narguent.
Et si je laisse le jardin, le parterre, les extérieurs tranquilles, il fera tout vert. Si je les oublie quelques jours de suite, elles se manifesteront en groupe. Elles auront appelé leur famille, amis et connaissances pour se rassembler en un amas de tiges, de feuilles et semences en tous genres. Alors je les enlève, je les retire, je les arrache,…
J’ai beau enlever les mauvaises herbes, mon jardin en est toujours aussi rempli, il semble toujours aussi sale. Je suis accroupie dans les graviers et je fais de mon mieux. J’enlève le mauvais qui est présent dans le sol, devant chez moi. J’enlève tout, un peu tous les jours. Je fais ça dès que je les vois pointer le bout de leur nez. Certaines sont petites, bien vertes, faciles à enlever, la racine vient directement. Une fois retirée, c’est presque sûr qu’elle ne reviendra pas.
D’autres sont moyennes et plus coriaces à enlever. La racine ne vient pas toujours avec, celles-ci reviendront sûrement très vite.
D’autres encore sont bien larges et s’étalent, elles prennent de la place. Elles sont aussi bien difficiles à retirer. Certaines piquent dès qu’on les prend en main, dès qu’on s’en occupe. Elles se rebellent contre nous, elles ne se laisseront pas faire. D’office, il faudra se munir de gants pour se protéger. D’autres encore sont énormes, grandes et prennent une place de fou dans le paysage. Elles sont restées là un moment, je ne les ai pas vues et je les ai donc laissées tranquilles et elles ont poussé, à leur guise. Je n’aurais pas besoin de gants, mais bien d’une pelle. Et ce ne sera pas une mince affaire. J’aurais la racine avec, grâce à mon acharnement. Mais ces mauvaises herbes-là finiront quand même par revenir. Elles reviennent toujours, et toutes!
J’ai donc un mal fou à m’en débarrasser. Mais je me suis faite à l’idée, je devrais toujours me pencher pour retirer ces herbes incontrôlables, je devrais toujours les enlever car il y en aura toujours dans mon champ de vision. Il y en aura toujours dans mon jardin, dans le parterre, dans les cailloux, partout! Les petites herbes reviennent plus souvent que les plus grandes. Bien que les grandes soient en fait de toutes petites qu’on a laissées tranquilles. Si on laisse une mauvaise herbe pousser sur le côté tranquillement, elle grandira. Elle se nourrira de ce qu’elle trouvera dans le sol, du soleil, de la pluie et elle parviendra à pousser plus vite qu’une salade.

Les herbes de taille moyenne parviennent à surgir d’un coup, d’un seul. On ne s’y attendait pas mais soudain, elles sont là. Elles reviennent très vite et à intervalles réguliers, vu que la racine n’est pas arrachée à chaque fois.
Celles qui prennent de la place, qui s’étendent, elles s’étirent et essaient de rejoindre une de leurs copines, un peu plus loin. Et ce, dans le but de ne former qu’un. Elles s’unissent face à moi, pour gagner du terrain, m’envahir et me faire perdre pied.
Les piquantes veulent me faire du mal, avec leurs feuilles acérées et leurs piqûres qui grattent après. Elles veulent m’embêter et par leur défense agressive, elles se sentent protégées et elles croient que je ne vais pas les arracher. Mais si, je le ferai, même si les petites blessures et écorchures me marqueront les mains.
J’ai beau faire du mieux que je peux, le faire régulièrement, en m’aidant de tous les outils nécessaires, les mauvaises herbes reviennent. La vie, ma vie, est ainsi faite.
Le décor est beau mais semé d’embûches, de mésaventures et de problèmes en tous genres. Et tous les jours, je fais de mon mieux, j’essaie d’enlever les mauvaises herbes et d’ainsi résoudre mes problèmes, d’y trouver des solutions. Ça reste difficile car certains d’entre eux persistent. Certains sont petits, donc surmontables, d’autres sont grands, donc insurmontables. Certains sont plus invasifs, imposants et englobent plusieurs personnes. D’autres sont piquants et donc délicats à manipuler, à solutionner.
Peu importe le type d’herbe ou de problème, on a beau les arracher ou les solutionner. Ils reviendront plus ou moins forts, plus ou moins grands, avec d’autres couleurs, d’autres feuilles. Autrement, mais ils reviendront, car ils reviennent toujours.
J’ai donc accepté que mon jardin soit laid, semé d’herbes indésirables, plus ou moins partout, plus ou moins laides. Ma vie est ainsi faite. Mais malgré ces petites imperfections, je trouve mon jardin agréable, bien entretenu, où il fait bon vivre, où il fait bon y rester. Où il fait bon de recevoir amis et famille, pour faire la fête, profiter de la vie et oublier les problèmes, ces fameuses mauvaises herbes, le temps d’un instant.